With nearly 6,000 dead, New York City accounts for almost a third of the total number of victims of Covid-19 in the United States. The epidemic put "the city that never sleeps" stopped within a few weeks.

“Il est impossible qu’il y ait autant de cas de Covid-19 dans le monde, dans autant d’endroits aux Etats-Unis, et qu’il n’y en ait pas à New York.” Début mars, le gouverneur de l’Etat de New York, Andrew Cuomo, lançait un avertissement : l’arrivée du coronavirus n’était qu’une question de temps. Un mois plus tard, la ville compte plus de 92 000 cas avérés, selon un bilan de l’université Johns Hopkins* en date du vendredi 10 avril. Soit près de 20% du nombre total de cas aux Etats-Unis. Avec près de 6 000 morts, elle déplore près d’un tiers des victimes du Covid-19 dans le pays. Récit d’un mois “apocalyptique” qui a vu New York se transformer en épicentre de la pandémie outre-Atlantique.

“L’avant-garde d’une lame de fond nationale”

Le premier cas de Covid-19 est confirmé à New York*, dimanche 1er mars. Une soignante, de retour d’Iran, est désormais confinée chez elle. Un deuxième patient est déclaré positif deux jours plus tard. Selon le New York Times*, il a fallu quatre jours avant que Lawrence Garbuz soit correctement diagnostiqué. Il n’a jamais voyagé près d’un foyer du coronavirus ni, a priori, été en contact avec une personne malade.

L’avocat quinquagénaire est le premier cas de transmission locale du Covid-19. Une nouvelle d’autant plus préoccupante qu’il a pris part à trois événements religieux organisés à la synagogue de sa ville de New Rochelle (banlieue nord), alors qu’il était malade. Il s’est aussi rendu sur son lieu de travail, à Manhattan, détaille Le Monde. Pour limiter le risque de propagation du virus, environ mille personnes sont mises en quarantaine à New Rochelle et un périmètre sanitaire est instauré dans un rayon de 1,5 km autour de la synagogue.

Les autorités de New York, qui se disent “prêtes” à faire face à l’épidémie, restent sereines. “Il n’y a pour l’instant aucune indication que le virus se transmet facilement par le contact”, assure alors à CNN* Oxiris Barbot, responsable du département de la Santé de la ville de New York. “On veut que les New-Yorkais poursuivent leur vie quotidienne. Prenez le métro, prenez le bus, allez voir vos voisins.” Les habitants se pressent toujours dans les restaurants, les rues de Manhattan restent bondées, mais l’inquiétude grandit. En témoignent les files d’attente devant les pharmacies* pour faire le plein de lingettes désinfectantes, de gel hydroalcoolique ou de masques, qui commencent à manquer.

“Le cocktail parfait pour une épidémie”

Les hôpitaux de la ville se préparent. “On a entamé la réflexion fin février, mais la vraie préparation a commencé début mars, lorsque les premiers patients atteints sont arrivés”, explique à franceinfo Lynn Jiang, urgentiste à Manhattan. Elle ajoute : “Mais ça ne me surprendrait pas qu’on ait eu des cas avant ça, sans savoir que le virus était déjà arrivé à New York.”

Avec près de 11 000 habitants au kilomètre carré, “The Big Apple” est la ville la plus densément peuplée des Etats-Unis. “Il y a huit millions d’habitants ici. N’importe quel jour de l’année, vous allez trouver au moins cinquante personnes qui attendent, serrées les unes aux autres, pour traverser à une intersection”, souligne Cleavon Gilman, un urgentiste interrogé par franceinfo. Les rues grouillent de monde et le métro est bondé, notamment grâce aux près de 60 millions de touristes qui visitent New York chaque année. “Le cocktail parfait pour une épidémie”, résume Stefan Flores, lui aussi médecin urgentiste new-yorkais.

La densité de population et le nombre de voyageurs “accentuent probablement la propagation des infections”, confirme Tom Frieden, président de l’organisation de lutte contre les épidémies Resolve to Save Lives. Or, “aucune ville n’est prête à résister à une épidémie de Covid-19 de grande ampleur”, selon cet ancien directeur des Centres de contrôle et de prévention des maladies américain (CDC) et ex-responsable du département de la Santé de New York, joint par franceinfo.

Nombre de cas aux Etats-Unis et à New York

Deuxième semaine de mars. Le “tsunami” n’est pas encore là, mais la première vague a déjà poussé les portes des centres de soins new-yorkais. “On a d’abord vu beaucoup de personnes avec des symptômes légers, qui pouvaient se remettre chez elles”, explique Lynn Jiang. Les tests se généralisent et les malades s’avèrent plus nombreux. “On avait un seul patient suspecté d’être atteint, mais au fil du temps, d’autres personnes (…) sans fièvre se sont révélées positives au Covid-19, raconte une infirmière à Vox*. On s’est rendu compte que les symptômes étaient variables.”

Lutte d’influence

Devant l’hôpital Elmhurst, dans le Queens, une longue file de New-Yorkais se presse quotidiennement sur le trottoir. Tous espèrent pouvoir être testés au Covid-19. A l’intérieur, “plus de deux cents personnes” s’agglutinent parfois en salle d’attente, selon le New York Times*. Dans cet hôpital comme dans les autres, les symptômes sont toujours plus graves. “De plus en plus de patients arrivent en hypoxie [en manque d’oxygène] et leur état se dégrade très rapidement”, résume Cleavon Gilman, qui témoigne également de son quotidien dans un journal de bord.

Dans les rues de New York aussi, on prend conscience de la gravité de la situation. Nous sommes le 12 mars et Donald Trump annonce que les Européens ne sont plus autorisés à entrer sur le territoire américain. “J’étais au restaurant quand j’ai appris l’information, ça m’a coupé l’appétit, raconte Thomas, un Français installé à Brooklyn depuis l’automne. C’est à ce moment là que je me suis dit : ‘c’est vraiment une pandémie’.” “Sensibilisé par la crise sanitaire” en Italie, le trentenaire décide de limiter sorties au restaurant et soirées avec ses amis. “On se disait que ce serait irresponsable de prendre le risque de l’attraper et de contaminer d’autres personnes, plus fragiles.”

Les autorités locales mettent plus de temps à accorder leurs violons. Le maire de New York, Bill de Blasio, s’oppose encore à la fermeture des écoles. Il cède sous la pression du gouverneur Andrew Cuomo, dimanche 15 mars, racontent Les Echos. Vingt-quatre heures plus tard, l’édile profite quand même d’une dernière séance à la salle de sport, alors qu’Andrew Cuomo vient d’annoncer leur fermeture prochaine. De leur côté, les autorités sanitaires multiplient les appels à la distanciation sociale. New York s’apprête à affronter une inévitable crise sanitaire. “On a été dans la réaction et pas dans l’anticipation, juge Lynn Jiang, médecin urgentiste à Manhattan. Sans vouloir blâmer qui que ce soit, on a attendu que le coronavirus se soit propagé dans toute la ville avant de prendre des mesures.”

La “ville qui ne dort jamais” à l’arrêt

Vendredi 20 mars. Andrew Cuomo annonce la fermeture de tous les commerces non essentiels et le confinement généralisé dans l’Etat de New York. Des options que Bill de Blasio avait jusqu’ici écartées. “Si cette mesure avait été prise deux jours plus tard, le nombre de décès aurait été deux fois plus élevé”, estime le docteur Tom Frieden, ancien patron des CDC. Peu à peu, la “ville qui ne dort jamais” entre en hibernation.

Les touristes désertent l’emblématique Times Square, les théâtres de Broadway ferment, tout comme l’embarcadère de la statue de la Liberté et le mémorial du 11-Septembre. Dans la gare de Grand Central, “les annonces résonnent dans le hall quasiment vide à l’heure de pointe”, raconte le Washington Post*. “Dehors, la file des taxis jaunes s’allonge, (…) les chauffeurs attendent des passagers qui ne viendront pas.” Même la mafia locale voit ses activités s’effondrer, croit savoir le New York Post*.

Sur les trottoirs où il faut habituellement slalomer, “on voit désormais des visages masqués circuler à plusieurs mètres de distance, évitant tout contact”, raconte Lynn Jiang. La plupart des devantures sont fermées, des affiches* évoquent “le contexte sanitaire” et certaines invitent les passants à “prendre soin d’eux”. “Dans l’ensemble, les gens respectent les règles de distanciation sociale, assure Stefan Flores, mais on voit encore des gens qui courent à Central Park et des attroupements.”

“L’épicentre de l’épicentre”

Certains New-Yorkais n’ont d’autre choix que de sortir de chez eux tous les jours. “Les personnes croisées sur les avenues, désormais silencieuses et sans voitures, sont souvent afro-américaines ou latinas, manifestement pauvres, comme si les Blancs de la finance et des beaux quartiers avaient disparu”, observe Le Monde. Dans les quartiers populaires, comme le Bronx et le Queens, la distanciation sociale et le confinement sont difficiles à respecter. “De nombreux habitants de ces quartiers ont de faibles revenus. Ils ne peuvent pas se permettre de ne pas aller travailler s’ils veulent continuer à nourrir leur famille”, souligne Stefan Flores.

Plus exposées, ces populations sont aussi moins bien prises en charge. “Certains retardent le plus possible le moment de se faire soigner, parce qu’ils redoutent le montant des factures médicales”, poursuit l’urgentiste. Le taux de mortalité du Covid-19 est deux fois plus élevé chez les New-Yorkais noirs ou latinos, selon les chiffres de la ville* (PDF). “Il y a des inégalités évidentes dans la manière dont ce virus affecte les habitants de notre ville, admet Bill de Blasio auprès de Politico*. Tant de gens ont des difficultés à accéder aux soins dont ils ont besoin, n’ont pas l’argent pour recevoir les traitements nécessaires…”

Les disparités socio-économiques entre les différents arrondissements de New York se répercutent à l’hôpital. Elmhurst devient “l’épicentre de l’épicentre”*. La situation y est si critique qu’un camion réfrigéré stationne à l’extérieur du bâtiment, pour accueillir les corps des patients qui ont succombé au Covid-19. “Au cœur de la crise”, cet établissement est “la priorité numéro un de notre réseau d’hôpitaux publics”, assurent les autorités sanitaires de la ville. Fin mars, le Queens, arrondissement le moins bien doté en capacité d’accueil des malades, compte 32% des cas de coronavirus de la ville, selon le New York Times*.

Pour faire face à l’engorgement de ses services de réanimation, Elmhurst transfère des patients vers d’autres hôpitaux. Eux aussi sont rapidement submergés. “Auparavant, mon service traitait des appendicites, des crises cardiaques, des blessures chez des personnes sans-abri. Désormais, chaque cas traité est un cas de Covid-19”, relate l’urgentiste Stefan Flores. Les patients qui devraient être pris en charge en soins intensifs sont traités aux urgences, faute de place. “Il nous faudrait plus de lits, plus de respirateurs, plus de soignants”, poursuit le médecin, dont l’état de fatigue est désormais “au-delà de l’épuisement”.

“J’annonce deux à trois morts par rotation”

“Chaque jour, le nombre de patients en détresse respiratoire augmente”, témoigne son confrère Cleavon Gilman. Le principal corridor de l’établissement, habituellement vide et “assez large pour faire passer un tracteur”, est rempli de lits occupés. “Des malades, qui avaient seulement besoin d’une canule pour respirer, doivent être intubés quelques heures plus tard. Je n’avais jamais vu ça.” Des personnes en bonne santé, jeunes, sans aucune pathologie antérieure, sont hospitalisées dans un état critique. New York est assommée par la violence de l’épidémie.

Chaque établissement doit “revoir et adapter” son organisation, détaille Lynn Jiang. Des services sont transformés pour accueillir des lits en réanimation. Dans un hôpital, les infirmiers d’un service de soins intensifs installent les poches de perfusion dans le couloir, pour limiter les contacts avec les patients infectés, explique une soignante au New York Times*. Ailleurs, gynécologues, orthopédistes et ophtalmologues sont réquisitionnés pour prêter main forte aux urgences. Les journées sont longues, les conditions de travail infernales. “On assure des rotations de douze heures, avec des masques FFP2 et des lunettes de protection, détaille Cleavon Gilman. Au début, j’avais du mal à respirer avec cet attirail, mais maintenant je me sens nu sans lui.”

“Le plus déchirant, c’est de voir le nombre de patients qui n’ont que peu de chances de survivre. Et qui meurent seuls, sans leurs proches”, confie Lynn Jiang. Au fil des semaines, le bilan ne cesse de s’alourdir. Le 26 mars, New York enregistre 167 décès*. Une semaine plus tard, le 3 avril : 374 personnes succombent du Covid-19. “Avant la pandémie, je devais annoncer la mort d’un patient à ses proches une ou deux fois par mois. Désormais, je dois le faire deux à trois fois par rotation, souffle Cleavon Gilman. A chaque fois, une petite partie de moi se brise.”

Le médecin urgentiste se dit “inquiet des conséquences psychologiques et émotionnelles” sur le personnel hospitalier. “Lorsque ce sera fini, les soignants seront un peu comme des vétérans, confie Stefan Flores. Le reste de la population aura du mal à comprendre ce qu’on a vécu et nous aurons du mal à revenir à une vie ‘normale’.”

Des tentes dans Central Park, des médecins à Flushing Meadows

Pour soulager des établissements à bout de souffle, plusieurs hôpitaux de campagne sont montés dans l’urgence. Des tentes sont dressées sur les pelouses de Central Park pour prendre en charge les patients non atteints du Covid-19 de l’hôpital Mount Sinai tout proche. Quelque 2 500 lits sont ouverts dans un centre de conférence, d’autres dans la nef de la cathédrale Saint John the Divine, énumère Politico*. Flushing Meadows, la mythique enceinte de l’US Open, peut désormais accueillir jusqu’à 350 malades. Et un navire hôpital de l’armée, comptant plus de 1 000 lits, a accosté à New York.

Ces moyens supplémentaires restent insuffisants, selon Bill de Blasio. “Tous les hôpitaux combinés comptent environ 20 000 lits. Nous avons besoin de multiplier ce nombre par trois durant les prochaines semaines”, martèle le maire. Le bilan dans la ville dépasse le triste seuil* de 1 000 morts le 31 mars, alors que les cas continuent de se multiplier. Il ne cesse de s’alourdir à une vitesse vertigineuse dans les jours suivants. “Le matériel médical est rationné, mais si le nombre d’hospitalisations continue d’augmenter à ce rythme, ce n’est qu’une question de temps avant qu’on en manque”, alerte Lynn Jiang. La promotion 2020 de l’école de médecine de la New York University est diplômée par anticipation*, pour venir grossir les rangs des soignants. Et Andrew Cuomo appelle à l’aide “les professionnels de santé à travers tout le pays”.

“The Big Apple” n’est pas la seule ville américaine meurtrie par le Covid-19. L’Etat voisin du New Jersey passe la barre des 1 500 morts, vendredi 10 avril, selon le New York Times*. D’autres foyers se développent, notamment en Louisiane, où le carnaval de La Nouvelle-Orléans a contribué à la propagation du virus. Selon un ancien responsable du ministère de la Santé américain interrogé par Vox*, le reste des Etats-Unis doit désormais “se préparer” à faire face à la pandémie, “au cas où cela devienne aussi grave”. “New York est un avertissement pour l’ensemble du pays.”

“It is impossible that there are so many cases of Covid-19 in the world, in so many places in the United States, and that there are not in New York.” In early March, New York State Governor Andrew Cuomo issued a warning that the arrival of the coronavirus was only a matter of time. A month later, the city has more than 92,000 proven cases, according to a report by Johns Hopkins University * on Friday, April 10. Almost 20% of the total number of cases in the United States. With nearly 6,000 dead, it deplores almost a third of the victims of Covid-19 in the country. Tale of an “apocalyptic” month which saw New York becoming the epicenter of the pandemic across the Atlantic.

“The avant-garde of a national backdrop”

The first case of Covid-19 is confirmed in New York *, Sunday March 1. A caregiver, returning from Iran, is now confined to her home. A second patient was declared positive two days later. According to the New York Times *, it took four days before Lawrence Garbuz was properly diagnosed. He has never traveled near a coronavirus outbreak or, a priori, been in contact with a sick person.

The lawyer in his fifties is the first case of local transmission of Covid-19. News all the more worrying that he took part in three religious events organized at the synagogue in his city of New Rochelle (northern suburbs), when he was sick. He also went to his workplace in Manhattan, details Le Monde. To limit the risk of spread of the virus, around a thousand people are quarantined in New Rochelle and a health perimeter is established within a 1.5 km radius around the synagogue.

New York authorities, who say they are “ready” to deal with the epidemic, remain calm. “There is currently no indication that the virus is easily transmitted by contact,” said CNN * Oxiris Barbot, head of the New York City health department. “We want New Yorkers to continue their daily lives. Take the subway, take the bus, go see your neighbors.” Locals are always crowded in restaurants, the streets of Manhattan remain crowded, but the concern grows. Witness the queues in front of pharmacies * to stock up on disinfectant wipes, hydroalcoholic gel or masks, which are starting to run out.

 

“The perfect cocktail for an epidemic”

City hospitals are getting ready. “We started thinking about it in late February, but the real preparation began in early March, when the first affected patients arrived,” Lynn Jiang, an emergency room doctor in Manhattan, told franceinfo. She adds: “But it wouldn’t surprise me that we had cases before that, without knowing that the virus had already arrived in New York.”

With nearly 11,000 residents per square kilometer, “The Big Apple” is the most densely populated city in the United States. “There are eight million people here. On any given day of the year, you will find at least fifty people waiting, crowded together, to cross at an intersection,” said Cleavon Gilman, an emergency room doctor interviewed by franceinfo. The streets are swarming with people and the subway is crowded, thanks in particular to the nearly 60 million tourists who visit New York each year. “The perfect cocktail for an epidemic,” says Stefan Flores, also a New York emergency doctor.

The density of the population and the number of travelers “probably accentuate the spread of infections,” confirms Tom Frieden, president of the organization fighting against epidemics Resolve to Save Lives. However, “no city is ready to resist a large-scale Covid-19 epidemic,” according to this former director of the American Centers for Disease Control and Prevention (CDC) and former head of the Department of Health at New York, joined by franceinfo.

Number of cases in the United States and New York

Second week of March. The “tsunami” is not yet there, but the first wave has already pushed the doors of New York health centers. “We first saw a lot of people with mild symptoms who could go back to their homes,” says Lynn Jiang. The tests are generalized and the patients turn out to be more numerous. “We had only one patient suspected of being affected, but over time, other people (…) without fever were positive with Covid-19, says a nurse at Vox *. realize that the symptoms were variable. “

 
 
Influence wrestling 

In front of Elmhurst Hospital, in Queens, a long line of New Yorkers throngs the pavement daily. All hope to be tested at Covid-19. Inside, “more than two hundred people” sometimes congregate in the waiting room, according to the New York Times *. In this hospital as in the others, the symptoms are always more serious. “More and more patients are coming into hypoxia [lack of oxygen] and their condition is deteriorating very quickly”, summarizes Cleavon Gilman, who also testifies of his daily life in a logbook. 

On the streets of New York too, we realize the gravity of the situation. It is March 12 and Donald Trump announces that Europeans are no longer allowed to enter the United States. “I was at a restaurant when I learned about the information, it put my appetite at bay,” says Thomas, a Frenchman who has been living in Brooklyn since the fall. It was then that I said to myself: ‘it really is a pandemic’. ” “Sensitized by the health crisis” in Italy, the thirty-something decides to limit outings to restaurants and evenings with his friends. “We thought it would be irresponsible to take the risk of catching it and infecting other, more fragile people.” 

Local authorities are taking longer to tune their violins. New York mayor Bill de Blasio still opposes the schools’ closure. He gave in under pressure from Governor Andrew Cuomo, Sunday March 15, tell Les Echos. Twenty-four hours later, the town councilor still enjoys a last session at the gym, while Andrew Cuomo has just announced their upcoming closure. For their part, the health authorities are increasing calls for social distancing. New York is about to face an inevitable health crisis. “We were in the reaction and not in the anticipation, judge Lynn Jiang, emergency doctor in Manhattan. Without wanting to blame anyone, we waited until the coronavirus had spread throughout the city before taking action. “

 

 

The “city that never sleeps” at a standstill

Friday March 20. Andrew Cuomo announces the closure of all non-essential businesses and widespread containment in New York State. Options that Bill de Blasio had previously dismissed. “If this measure had been taken two days later, the number of deaths would have been twice as high,” said Dr Tom Frieden, former head of the CDC. Little by little, the “city that never sleeps” goes into hibernation.

Tourists leave the iconic Times Square, Broadway theaters close, as does the Statue of Liberty pier and the 9/11 memorial. In the Grand Central station, “announcements resonate in the almost empty hall during rush hour,” says the Washington Post *. “Outside, the line of yellow taxis is getting longer, (…) the drivers are waiting for passengers who will not be coming.” Even the local mafia saw its activities collapse, understands the New York Post *.

On the sidewalks where you usually have to slalom, “you can now see masked faces moving several meters away, avoiding contact,” says Lynn Jiang. Most of the storefronts are closed, posters * evoke “the health context” and some invite passers-by to “take care of themselves”. “On the whole, people respect the rules of social distancing, assures Stefan Flores, but we still see people running in Central Park and crowds.”


“The epicenter of the epicenter”

Some New Yorkers have no choice but to go out of their homes every day. “The people crossed on the avenues, now silent and without cars, are often African-American or Latin, manifestly poor, as if the whites of finance and beautiful neighborhoods had disappeared,” observes Le Monde. In working-class neighborhoods, such as the Bronx and Queens, social distancing and confinement are difficult to respect. “Many people in these neighborhoods have low incomes. They cannot afford not to go to work if they want to continue to feed their families,” said Stefan Flores.

More exposed, these populations are also less well taken care of. “Some people delay the time to get treatment as much as possible because they fear the amount of medical bills,” said the emergency room doctor. Covid-19 has a double death rate among black and Latino New Yorkers, according to city figures * (PDF). “There are obvious inequalities in the way this virus affects the inhabitants of our city, admits Bill de Blasio to Politico *. So many people have difficulty accessing the care they need, do not have the money to receive the necessary treatment… “

The socio-economic disparities between the different boroughs of New York are reflected in the hospital. Elmhurst becomes “the epicenter of the epicenter” *. The situation is so critical that a refrigerated truck is parked outside the building, to receive the bodies of patients who have succumbed to the Covid-19. “At the heart of the crisis”, this establishment is “the number one priority of our network of public hospitals”, assure the city health authorities. At the end of March, Queens, the district with the least capacity in terms of patient accommodation, accounted for 32% of the city’s coronavirus cases, according to the New York Times *.

To cope with the overcrowding of its resuscitation services, Elmhurst transfers patients to other hospitals. They too are quickly overwhelmed. “Previously, my department treated appendicitis, heart attacks, injuries in homeless people. Now, each case treated is a case of Covid-19,” says emergency physician Stefan Flores. Patients who should be treated in intensive care are treated in the emergency room, due to lack of space. “We would need more beds, more respirators, more carers”, continues the doctor, whose state of fatigue is now “beyond exhaustion”.

 
 
 
 
“I announce two to three deaths per rotation”

“Every day, the number of patients in respiratory distress is increasing,” says his colleague Cleavon Gilman. The main hall of the establishment, usually empty and “wide enough to accommodate a tractor”, is filled with occupied beds. “Patients, who only needed a cannula to breathe, must be intubated a few hours later. I had never seen this.” Healthy, young people, without any previous pathology, are hospitalized in critical condition. New York is stunned by the violence of the epidemic.

Each establishment must “review and adapt” its organization, details Lynn Jiang. Services are transformed to accommodate beds in intensive care. In a hospital, nurses from an intensive care unit set up infusion bags in the hallway to limit contact with infected patients, a caregiver told the New York Times *. Elsewhere, gynecologists, orthopedists and ophthalmologists are requisitioned to lend a hand to emergencies. The days are long, the working conditions hellish. “We provide 12-hour rotations, with FFP2 masks and protective glasses, explains Cleavon Gilman. At first, I had trouble breathing with this equipment, but now I feel naked without it.”

“The most heartbreaking thing is to see the number of patients who are unlikely to survive. And who die alone, without their loved ones,” says Lynn Jiang. Over the weeks, the balance sheet keeps getting heavier. On March 26, New York recorded 167 deaths *. A week later, on April 3: 374 people died from the Covid-19. “Before the pandemic, I had to announce the death of a patient to his loved ones once or twice a month. Now, I have to do it two to three times per rotation, breaths Cleavon Gilman. Each time, a small part of me is breaking.”

The emergency doctor said he was “worried about the psychological and emotional consequences” on hospital staff. “When it’s over, the caregivers will be a bit like veterans,” says Stefan Flores.

 
 
 
 
 
Tents in Central Park, doctors at Flushing Meadows

To relieve breathless establishments, several field hospitals went up in emergency. Tents are erected on the lawns of Central Park to care for patients without Covid-19 from nearby Mount Sinai Hospital. Some 2,500 beds are open in a conference center, others in the nave of Saint John the Divine cathedral, lists Politico *. Flushing Meadows, the legendary US Open venue, can now accommodate up to 350 patients. And an army hospital ship with more than 1,000 beds docked in New York.

These additional means remain insufficient, according to Bill de Blasio. “All the hospitals combined have around 20,000 beds. We need to multiply this number by three in the coming weeks,” insists the mayor. The death toll in the city exceeds the sad threshold * of 1,000 deaths on March 31, while cases continue to multiply. It continues to weigh down at breakneck speed in the following days. “Medical supplies are rationed, but if the number of hospitalizations continues to increase at this rate, it is only a matter of time before we run out,” said Lynn Jiang. The 2020 class of New York University medical school graduated in advance *, to join the ranks of caregivers. And Andrew Cuomo calls for help “health professionals across the country”.

“The Big Apple” is not the only American city bruised by the Covid-19. The neighboring state of New Jersey passes the 1,500 dead mark on Friday, April 10, according to the New York Times *. Other outbreaks are developing, especially in Louisiana, where the New Orleans carnival has contributed to the spread of the virus. According to a former official of the American Ministry of Health interviewed by Vox *, the rest of the United States must now “prepare” to face the pandemic, “in case it becomes as serious”. “New York is a warning for the whole country.”